23/12/2012

Bolivie : un Manifeste à apprendre par coeur

Bolivie : le "Manifeste de l'Ile du Soleil".

 

 Superbe texte poético-politique, à la fois visionnaire, universel et enraciné en "Tahuantinsuyo" (expression quechua pour désigner le territoire de l'ancien empire inca. J.O.).

Le 21 décembre, le président de l'Etat plurinational de Bolivie, Evo Morales, a choisi de célébrer le Solstice d'été sur l'Ile du Soleil. A cette occasion, il a prononcé une allocution-manifeste : "le Manifeste de l'Ile du soleil". Vue son importance, ce texte mérite d'être largement connu; nous en avons traduit quelques passages, qui nous semblent les plus représentatifs.

 

"Depuis l'Ile du soleil, depuis notre lac sacré Titicaca, nous voulons vous dire que nous sommes réunis ce 21 décembre, non pas pour attendre la fin du monde (...), mais pour donner de l'espoir en cette aube nouvelle pour les peuples" (...).

"Cette Ile est fondatrice du temps et de l'histoire des fils du Soleil. Mais ensuite est tombée l'obscurité, avec l'arrivée des envahisseurs étrangers". (...) "Aujourd'hui, de cette Ile où naquit le "Tahuantinsuyo", nous déclarons révolue l'époque de l'obscurité et du "non-temps", tandis que s'ouvre le nouveau temps de la lumière, le "Pachakuti" (légende andine traduisant la renaissance, les temps nouveaux, la régénération de l'harmonie cosmique. J.O.). "A nouveau, les peuples du monde, les mouvements sociaux, tous les marginalisés, les discriminés, les humiliés s'organisent, se mobilisent, prennent conscience et se lèvent comme au temps du "Pachakuti". Le monde est plongé dans une crise globale (...). Le temps du capitalisme et de la surconsommation illimitée, le temps d'une société où l'homme prétend être supérieur à la Mère Terre, objet de sa domination impitoyable et prédatrice, prend fin".

 

"D'un côté, toujours plus de capitalisme, de privatisations, de mercantilisation, d'exploitation irrationnelle et dévastatrice des ressources naturelles, et toujours plus de protection pour les entreprises et les profits privés.

De l'autre, toujours moins de droits sociaux, moins de santé publique, moins d'éducation publique et gratuite, moins de protection des droits des personnes. Aujourd'hui, les sociétés et les peuples des pays développés vivent dramatiquement la crise du capitalisme, engendrée par les lois du marché. Ces gouvernements capitalistes croient que sauver des banques, c'est plus important que sauver des êtres humains. (...) Dans ce système capitaliste, les banques ont des droits économiques privilégiés, et sont traitées en citoyens de première catégorie, de telle sorte que les banques importent plus que la vie. Dans cette jungle sauvage, les hommes et les peuples ne sont pas frères, ne sont pas citoyens (...). Ce ne sont que des débiteurs mauvais payeurs, des 'assistés', des locataires, des clients".

 

"Nous vivons le règne de la couleur verte: les politiques monétaires, de développement, écologiques, sont vertes comme le dollar". "Face à la nouvelle vague de crises du système capitaliste, ses idéologues prônent la privatisation de la nature à travers ce qu'ils appellent 'l'économie verte', ou 'le capitalisme vert'. Les préconisations du marché, du libéralisme, et de la privatisation, ne font que générer pauvreté, exclusion, faim et marginalisation". (...)

 "Ce 21 décembre, premier jour du "Pachakuti" (...) marque la transition de l'ère de la violence entre les êtres humains et contre la nature vers une nouvelle ère, où l'être humain et la Mère Terre ne font qu'un, et où tous les hommes vivent en harmonie et en équilibre avec l'ensemble du cosmos. (...) Nous sommes les Guerriers de l'Arc-en-ciel, les Guerriers du "vivir bien", les Insurgés du monde. Nous proposons dix recommandations pour faire face au capitalisme et construire la culture de la vie:

- refonder la démocratie et la politique, en transférant le pouvoir aux pauvres et en le mettant au service du peuple

- davantage de droits sociaux et humains, et non la marchandisation des besoins humains

- décoloniser nos peuples et nos cultures pour construire le "socialisme communautaire du buen vivir"

- pour une vraie politique écologique contre tout "colonialisme environnemental de l'économie verte"

- la souveraineté sur les ressources naturelles est la condition pour s'émanciper de la domination néocoloniale et œuvrer au développement intégral des peuples

- atteindre la souveraineté alimentaire, et le droit humain à l'alimentation

- l'alliance des peuples du sud contre l'interventionnisme, le néolibéralisme, et le colonialisme

- le développement de la connaissance et des technologies pour tous

- la construction d'une union institutionnelle mondiale des peuples

- le développement économique ne doit pas se fixer pour objectif l'accumulation du capital et des profits, ni les bénéfices des marchés, mais doit être 'intégral', et viser le bonheur des gens et l'harmonie avec la Mère Terre.

(Ces dix points sont largement détaillés par Evo Morales dans le Manifeste. J.O.)

 "La nouvelle époque est celle du pouvoir du travail, des 'communautés', de la solidarité des peuples, de la communion de tous les êtres vivants avec la Mère Terre, pour construire le 'socialisme communautaire du vivir bien'."

 "Notre vision du socialisme communautaire du vivre bien' repose sur les droits, et non sur le marché, sur le plein épanouissement et le bonheur des hommes".

 

Jean Ortiz

Commentaires

bien ce texte de Evo Morales ! le titicaca nous a fait tellement rêvé!

Une question à Jean: toi qui sait tout peux tu me dire si ce que j'ai lu ou entendu à propos de tractations entre la Bolivie et Monsanto risque d'être exact ?
j'ai peur de la réponse ! j'avais confiance en Morales dont j'avais entendu la prise de parole à Dakar lors du FSM en 2011 ! son discours allait dans le même sens que celui sur l'isla del sol! et ensuite un mvt paysan, très proche, je tairai le nom, a révélé l'affaire des OGM!
Si c'est vrai tu dois lui parler pour lui dire que la bolivie doit résister aux multinationales et à la contamination de leur maïs! Evo sait tout ça ! alors?
Le Mexique, berceau du maïs a capitulé ! Monsanto la muerte !

Écrit par : NONAYRAULTPORT | 23/12/2012

A mon avis, c'est un bobard. Les OGM sont interdits par la Constitution bolivienne.
Abrazo,
Jean.

Écrit par : Jean Ortiz | 24/12/2012

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