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07/12/2011

Le rêve de Simon Bolivar



   La Celac, Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes vient de naître à Caracas, sans les Etats-Unis. L'évènement est vraiment historique. Le chantier de l'intégration continentale a franchi une nouvelle étape.
   Deux cents ans après les proclamations d'Indépendance, 33 pays, hétérogènes, réunis à Caracas les 2 et 3 décembre 2011, (la quasi totalité de leurs chefs d'Etat étaient présents), ont commencé à matérialiser le slogan "l'Amérique latine aux Américains (du Sud)", que le président Roosevelt lança en 1823 avec une toute autre signification: "L'Amérique (du sud) aux Américains (du nord)". Certes le chemin sera encore long vers une intégration sans la tutelle de Washington, mais les vents ont tourné.
 
La déclaration du sommet fondateur de Caracas  fixe le but final du processus:  une "grande patrie", le vieux rêve de Bolivar, de José Marti, des "libertadors". La Celac disposera , pour ses débuts, d'une structure légère, d'une troïka de direction (Chili, Venezuela, Cuba) , qui fonctionnera entre chaque sommet annuel, et les décisions seront prises par consensus la première année et aux 4/5 des voix ensuite. Elle n'aura cependant pas de budget propre, ce qui limitera dans un premier temps ses pouvoirs. Les médias latino-américains soulignent le "rôle moteur" du président Chavez et  l'importance de la "course de fond engagée". L'Alba (Venezuela, Cuba, Equateur, Bolivie, Nicaragua et quelques petits Etats des Caraïbes) aurait souhaité aller plus loin dans les structures et les moyens de l'intégration, mais le bilan reste néanmoins significatif des nouveaux rapports de force et du recul de l'hégémonie des Etats-Unis.
   Certes, au-delà des bonnes intentions, les contradictions et obstacles seront nombreux à dépasser:
 -poids continental et ambitions régionales et internationales du Brésil
 -influence de Washington sur les gouvernements conservateurs (Mexique, Chili, Colombie, Honduras, Panama)
 -contre-offensive des Etats-Unis (coup d'Etat au Honduras, ingérences multiples en Colombie, en Equateur, provocations contre Cuba...), tentatives redoublées de déstabilisation du Venezuela bolivarien...
 -persistance de l'OEA (Organisation des Etats américains) créée jadis pour servir de "ministère des colonies" aux Etats-Unis et aujourd'hui affaiblie. L'un des objectifs de nombreux pays de la Celac est ,à terme, de la substituer. Un bras de fer et une course de vitesse sont désormais engagés. Les résultats des récentes consultations électorales consolident les processus démocratiques en marche. L'élection présidentielle vénézuélienne, à l'automne 2012, constitue pour tous d'ores et déjà ,un enjeu de la plus haute importance, marqué par l'état de santé du président Chavez, qui soigne un cancer grave.Pendant que les chefs d'Etat dessinaient un avenir indépendant, quelques centaines de manifestants, beaucoup de dames des beaux-quartiers, comme jadis au Chili de Salvador Allende, manifestaient dans les rues de Caracas en tapant sur des casseroles. "On a faim !!"... de pouvoir. Ceux-là préparent la revanche de classe.
   Tous les chefs d'Etat, certains sans doute moins spontanément que la plupart, à l'instar de l'Equatorien Correa, ont insisté sur ce "pas en avant" vers une véritable indépendance, vers une coopération économique équitable, un dialogue souverain, la résolution des conflits sans la tutelle du puissant voisin du nord, etc.
   En 1904, le poète nicaraguayen Ruben Dario écrivait à Malaga: "Vous êtes les Etats-Unis, vous êtes le futur envahisseur de l'Amérique qui a du sang indien...". L'Amérique du nord est intervenue militairement à près de 200 reprises dans l'histoire de ce qui fut son "arrière-cour". Les temps ont bien changé. Même si l'impérialisme cherche à reprendre la main, le continent lui échappe. De nombreux pays sont des laboratoires de changement social et démocratique. On débat, on tâtonne, autour du "socialisme du 21ième siècle", sans tabous...
   Le 13 juin 1826, Simon Bolivar , dans une lettre au "libertador" Santander, affirmait prophétiquement: "Les Etats-Unis semblent destinés par la Providence à répandre dans Notre Amérique des misères au nom de la liberté". Aujourd'hui, "Notre Amérique", au nom de la liberté, combat la misère et la dépendance. Avec volonté politique, renforcement de l'Etat, des services publics, redistribution, stabilité, croissance, efforts en matière de santé et d'éducation, et des progrès sociaux reconnus par la plupart des observateurs et spécialistes.

Jean Ortiz

 

"Atado y bien atado"

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Neruda assassiné?

Il y a quelques mois, notre ami l'avocat chilien Eduardo Contreras évoquait cette hypothèse, pas tout à fait farfelue.
On sait aujourd'hui que l'ex-président de la République , de 1964 à 1970, Eduardo Frei, démocrate chrétien, mourut le 22 janvier 1982 officiellement de septicémie, dans une clinique de Santiago, deux mois après l'opération-bénigne-d'une hernie. La justice a conclu depuis à de fortes présomptions d'assassinat par empoisonnement. Le crime serait l'oeuvre des services secrets de Pinochet. Des hommes de main ont même été arrêtés.
   Le poète communiste et prix Nobel, Pablo Neruda , mourut officiellement d'un cancer de la prostate en voie de guérison, le 13 septembre 1973, dix jours après le coup d'Etat pinochettiste. L'enterrement du poète, entre deux haies de militaires, fut la première manifestation contre la dictature . Son chauffeur personnel et homme de confiance, Manuel del Carmen Araya Osorio, avance depuis longtemps, prêchant dans le désert, une autre hypothèse. Il vient d'être enfin entendu par le juge des Droits de l'Homme Mario Carroza, qui a ouvert une instruction reconnaissant aux témoignages une "véracité" méritant enquête.
   On sait qu'après le "golpe", Neruda et son épouse Matilde étaient sur le point de partir au Mexique qui leur offrait asile et hospitalité. De l'extérieur, l'activité et le prestige du poète auraient constitué un danger pour la dictature.
   Le 22 septembre, de retour de Isla Negra et avant le voyage au Mexique, repoussé au 24 septembre, Neruda est accueilli à la clinique Santa  Maria de Santiago... L'ambassadeur du Mexique le visite et confirme qu'il parle et réagit normalement.
   L' épouse et le chauffeur de Neruda repartent à Isla Negra chercher des affaires auxquelles le poète tient.
Neruda leur téléphone et leur demande de rentrer d'urgence car il va très mal. Il leur dit qu'un médecin est entré dans la chambre pour lui administrer une piqure. Beaucoup d'amis, de spécialistes, de militants, penchent désormais pour la thèse d'une injection létale.
  L'instruction judiciaire est en cours. La clinique a naturelllement perdu le dossier médical. Les militants communistes chiliens (le PCCh a déposé un recours en justice) et les démocrates, eux, ne veulent pas perdre la mémoire. Et dans le doute, que la justice et les médecins légistes, etc., fassent leur travail.

Jean Ortiz